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NOVEMBRE 2009 : WAGA en voyage à Sor Pikine

SES IMPRESSIONS AVEC HUMOUR ....

samedi 9 janvier 2010, par Marie-Pierre Decocq - Néné Camara

Que le temps passe vite...La dernière fois que j’étais en Afrique (Mali), c’était en février 2009 avec le projet Mali-Mali. Là-bas, après m’avoir fait boire quantité de flags, Néné m’avait convaincu de venir jouer à l’inauguration du centre AED de St Louis en novembre. Flatté qu’elle prenne une - presque - vieille croûte comme moi pour donner une touche magique et comique à la manifestation, j’étais un peu inquiet car avec la diablesse (sans sa chèvre) de Samalofira, vous êtes aux antipodes des voyages reposants style Club Med ...Avec elle, c’est rock’nd roll Africa.

Heureusement, avant notre départ, j’avais découvert le reportage intelligent et les commentaires sensibles de Jean-Pierre Winberg sur les enfants talibés. A Notélé, ils sont aussi bien loin des animateurs payés pour pleurer à notre place ; ça rassure. Merci JP et maintiens le cap.

Le jour du départ, notre délégation officielle était composée de Néné Camara, l’ incommensurable Présidente d’Action Sénégal, sa dame de compagnie : la Maréchalle de Mille Cassandre, son garde du corps : le beau Modiba et votre serviteur, grand Waga : bouffon et nommé pour l’événement Ministre de la Conscience de Néné. Accueillis à Dakar par Birane et Maguette (notre chauffeur), nous espérons suivre Néné dans son Dakar Trip By Night...Que néni, demain il faut partir tôt, tout le monde au lit.

Après un voyage un peu serré (Il faut dire que Néné nous a obligés à prendre 150 kilos de bagages par personne...Comme elle connaît du beau monde à la douane, nous sommes passés sans problème ! Zut )

A St Louis, Marion, Alpha et d’autres gamins nous servent d’hôtesses d’accueil pour la découverte du centre. Tout le monde a la banane, on rit, on s’embrasse, mon "fez" intrigue et amuse, comme au Mali, il sera mon passe-droit dans de nombreuses situations ... Mais une tension est perceptible ; les travaux sont bien avancés, la présidente est satisfaite...Mais y’a encore du boulot, alors elle négocie une première réunion pour demain. Voilà Massilia, Elise et Caroline, trois éducatrices en formation de l’école Normale. Voici le Docteur Pratte et son épouse Martine au travail dans le dispensaire. Premiers contacts avec les gamins et connaissance rapide avec Papa Anne, ses sœurs et ses parents : Mariam et Souleymane Anne sont très émus par notre présence. La famille est en ébullition, les questions fusent...Dont une qui interpelle Néné : faut-il que Souleymane Anne, fondateur de l’Aed et atteint d’une hémiplégie soit présent à l’inauguration ? Sera-t-il assez fort pour vivre ses émotions ? Le clan des femmes a pris sa décision, ce sera « Non » ! Néné pense le contraire, ça va être chaud...

Transfert vers notre logement, je partage la chambre de son Altesse Sérénissime la bienfaitrice de Sor-Pikine, me voici malgré moi body guard, responsable de son grenier-portable, c-à-d son sac à main, ses stylos, ses fardes, son produit de lentilles, ses pilules, ses suppositoires...Et j’en oublie. Véritable havre de paix, l’Oasis va nous être précieux après les journées harassantes au centre. Après les visites "éclair" de St Louis et de la langue de Barbarie, je dois me plonger dans les daaras et inviter enfants et marabouts à venir à l’inauguration du centre. Menée dans l’urgence, la première tentative est très dure. L’assistant du marabout me toise, il n’a pas l’air net et refuse la présentation de quelques petits tours aux enfants... On se dit qu’il faut respecter les usages et d’abord saluer le marabout, lui expliquer notre démarche et ensuite avec son accord (ce qui va toujours se produire par la suite), nous pourrons proposer une petite récréation magicomique dans les daaras. Néné doit mordre sur sa langue tant le contraste entre les conditions de vie des enfants Talibés et celles des marabouts est choquante. Choc culturel et émotif garantis.

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Chez le marabout
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Dans le daara
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Daara

En Afrique Noire, je ne voulais pas être perçu comme un sorcier, mais bien comme un amuseur. Il a fallu retravailler mes routines et réapprendre à fermer ma g....Je ne parle pas encore Wolof. Néné a bien essayé de m’apprendre mais je crois qu’elle touille avec les différents dialectes et après deux verres de rosé, c’est Mission impossible... Pour la petite histoire « artistico-culturelle », il faut savoir qu’en Occident, nous avons éradiqué la Magie au profit de la Raison. En Afrique, c’est différent, chaque effet devient un événement et tout se passe dans la joie (ou quelquefois dans la crainte). La magie est donc l’affaire des Africains. Belle leçon...Je me suis régalé.

Visiblement, les enfants n’ont pas l’habitude de voir un blanc « faire le clown » ...Mis à part les intervenants d’Action Sénégal, pas de toubabs en vue à SorPikine. Dommage !

Souvent les gens pensent que les artistes passent leur temps à ne rien faire et à picoler, ce n’est pas vrai... Avec Action Sénégal, c’est différent. Fini les invitations aux réceptions, les promenades, les restos, les cours de yoga et de musculations, pas le temps de faire du shopping...

Il faut suivre Elimane pour obtenir les dernières aides, Marion est folle de joie. A notre arrivée, elle est sur les crocs. Marion a sans cesse négocié...Et négocier en Afrique, c’est pas évident. Mais les miracles existent. La tenacité des membres d’Action Sénégal, de Papa Anne et des travailleurs de l’ombre va agir ce mercredi 4 novembre...C’est mieux qu’à Lourdes et c’est moins cher ! Imaginez, nous sommes en fin d’après-midi, tout le monde est fébrile car nous attendons Marion qui doit arriver avec la tribune et le podium. Je vous passe les détails et les retards mais en deux voyages (magiiiie), Marion et le matos sont là. C’est la joie, je fais une flaque ! Mais çà n’est pas tout, voici « the cherry on the cake » (comme disent nos amis anglais) un camion benne sur chenilles conduit par un ouvrier portugais rugit face au centre ; il vient pour niveler le terrain. Les enfants talibés sont fous de joie, les responsables du matos un peu moins car ils sont dans un pataqués incommensurable. Moi, je suis aux anges ! En 20 ans de métiers et ayant posé ma valise un peu partout dans le monde, je n’ai jamais vu une tribune officielle comme de celle de Sor ...Elle date de 1830, mais une fois monté, c’est joli ! (Dommage qu’il manque une bâche...Action sénégal s’en est chargé !) Le montage du podium, c’est pareil. Structure plus récente, les gamins profitent du déchargement pour nous improviser un concert de percussions sur planchers dont seul l’ Afrique a le secret...Tout cela rythmé par le tank (= benne chenillée) qui vient aplatir le terrain au milieu des enfants, des adultes blancs et noirs qui ratissent le sol dans une joie frénétique. Résultat : aucun blessé (les gamins étaient pieds nus et ratissaient comme des malades), tout est monté et presque pas de retard (4 heures en fait). L’espace d’une minute, j’imagine ça en Belgique...Je rêve, c’est impossible. Dernière belle image de ce chantier improvisé, les talibés qui ,avec mon pote Reynald (Modiba), vont applaudir notre ouvrier portugais et son tank. L’ouvrier sort de son char et vient saluer la foule en délire. L’espace d’un instant j’ai vu le David Coperfield du camion benne. Magiiiie !

Réunion plénière où l’on fait le point, si les commissions sont en place et que le travail avance, il faut encore soigner les détails. Si la perfection n’est pas un détail, ce sont les détails qui font la perfection. Et la perfection, ça coûte. L’asbl Action Sénégal va devoir faire face à des imprévus. Bien épaulée par Marion et Martine, Néné surveille les comptes, mais elle agit en « grand Seigneur » car... Le grand jour approche. Les banderoles sont affichées, les locaux et marabouts viennent voir ce nouveau lieu et les gens qui y travaillent. Martine et Magali sont venues renforcer le team.

Avec les stagiaires, nous essayons de répéter avec les gamins qui, pris entre les temps de prières et de mendicité, ne voient pas l’intérêt de répéter chants et cabrioles acrobatiques...

Le vendredi 6, c’est la fête. La matinée, c’est le déjeuner (très rock’nd roll) et la visite de Souleymane Anne. Vous vous en doutez, Néné n’a pas lâché le morceau et le grand homme est bien présent. L’émotion et les larmes sont intenses ; les percussions des potes de Birane ajoutent à la liesse...Mais je suis inquiet, la sono n’est toujours pas là et le temps passe !

Choqué par le pugilat du déjeuner ( Indiscipline, les enfants qui meurent de faim veulent tous en même temps leur morceau de pain )...et donc il faut recadrer ! . Avec papa Anne,ses animateurs, le staff d’Action Sénégal, on reprécise les rôles de chacun pour l’inauguration officielle...Et toujours pas de sono ! A 14h, la sono fait son apparition : on se croirait à Bercy, les baffles sont énormes...Mais les micros ne fonctionnent pas. Mais comme on dit là-bas, « inch allah » et çà marche. Comme chez nous, quelques officiels seront en retard, mais vu les derniers réglages de dernière minute, ça nous arrange. Y a du beau monde, le Gouverneur, le Ministre conseiller à la coopération, la représentante des Associations, les Délégations Belges, Maître Alioune badara Cissé (Ancien secrétaire général du gouvernement ) , notre amie Nicole, le chanteur N°1 Abdou Guité Seck, les marabouts ...

Tout le monde s’est mis sur son 31, les femmes de la délégation sont en costumes folkloriques belges (le célèbre Boubou) ; les hôtesses africaines et les sœurs de Papa sont glamour et pleines de charme. Birane est beau comme un dieu, Malik est un peu nerveux ; Elimane m’attend à chaque descente de scène pour me dire d’accélérer le rythme car le Gouverneur doit partir...Ambiance. Mais le spectacle fut une totale réussite car un peu bordélique, un peu houleux quand le chanteur Abdou Guité Seck (Star nationale, équivalent de Claude François) monte sur scène et déclenche presque une émeute, très amical (maître Cissé qui se réfère au Grand Jacques Brel), Birane qui parle en wolof des efforts de l’Association Action Sénégal, Néné qui parle poulaar, bambara Wolof,etc..),très émouvant avec les discours du frère de Souleymane, très protocolaire avec Malik, très revendicatif avec les messages envoyés par Néné, très rythmé par les chants et acrobaties des enfants du centre, très coloré quand le blanc et le noir se mélangent,... Accompagné par Elise au saxo, je ne suis pas prêt d’oublier ce passage sur scène. Pendant 30 secondes, j’étais Johny à Bercy (j’ai des gros problèmes d’égo et j’aime les gros baffles). Un public qui chante « Zamina, mina...héhé ...Waga, waga », ça ne s’oublie pas. Le groupe des ados, Youssou et les musiciens ont mis le feu ensuite.

Parti un peu vite parce que Nicole nous attendait à l’oasis, Néné devait recevoir un un journaliste ( le dernier ) et discuter avec Marc pour l’aménagement du centre et ... je n’ai bu que de l’eau et je ne me souviens plus de rien...Enfin si, plein de souvenirs dans la tête grâce à un métier que je ne regrette pas une seconde d’avoir choisi. Merci à tous, merci d’exister !

Waga

« Pour tous les mômes du monde, Tous les enfants martyrs voudraient qu’on leur réponde ... »

(extrait de la chanson de Claude SEMAL : « les petites filles »)

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