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JUIN 2009-AVRIL 2010 - D’ UNE RENCONTRE AVEC DANIEL BARBEZ NAÎT UN SUPERBE PROJET POUR SAUVER DES ENFANTS TALIBES

>>> Création d’un Kamishibaï par Daniel Barbez

lundi 17 mai 2010, par Marie-Pierre Decocq - Néné Camara

Tout au début de notre projet pour les enfants talibés, j’étais dressée seule face à ce fléau et cette problématique désastreuse. Voir l’être humain souffrant en face de soi, et en plus, des petits enfants innocents, était une brûlure sur ma peau. Je me disais : " mais comment éteindre ce feu qui était ma raison d’être ? ". je me disais qu’un geste humanitaire était un geste de fraternité qui s’exerce de personne à personne. Je m’étais fait cette réflexion que dans ce monde, un problème a toujours trouvé sa solution et donc c’est que quelque part, quelqu’un l’a ressenti et s’est investi. Je me suis sentie solide, bien portante, motivée et envahie d’une force incroyable pour aller de l’avant et sensibiliser les gens autour de moi... Tout d’abord, ceux qui ne voulaient pas me croire, ensuite, mes amis proches,les bénévoles d’Action Sénégal, les jeunes dans les écoles, les autres associations, le groupe des 24H de Mouscron, les journalistes...

Je ne voulais pas la lune, juste un petit centre d’accueil, un centre-témoin, qui dira bien haut ce que l’on pense tout bas mais que j’affirme : " ces enfants valent la peine qu’on se donne du mal pour leur offrir le minimum de dignité, de joie de vivre ! " Quand on parle d’enfants talibés, on pense tout de suite aux sévices corporels, au manque de nourriture et d’hygiène, aux maladies ... Mais c’est d’abord d’amour et de joie de vivre qu’ils ont besoin... Il a donc fallu travailler dans l’urgence avec la construction du centre d’accueil pour ces enfants ( encadrés par l’équipe de l’AED ). C’était le premier objectif de l’ASBL ! Pour que ces enfants talibés puissent s’y rendre pour recevoir des soins de santé, des cours d’alphabétisation, pour se laver, pour lessiver leur vêtement, pour recevoir un goûter le vendredi, pour jouer.

Mais le deuxième objectif auquel je pensais depuis 2007, c’est le plus important : Agir à la source grâce à des outils de communication transportables ( exemple : les photos des enfants talibés dans les daaras ) en sensibilisant les familles dans la brousse afin de ne plus envoyer leurs enfants à des centaines, voire à des milliers de kilomètres chez des marabouts qui n’en sont pas ! les enfants peuvent apprendre la religion musulmane au sein de leur village après l’école ou dans un village voisin ! Action Sénégal avait travaillé en 2008 sur le recensement des enfants de tous les daaras : constitution de fiches individuelles par enfant. Ce travail a permis de déterminer les 5 pôles principaux du Sénégal d’où proviennent les talibés. En déterminant 10 villages par pôle pour organiser des causeries, il est possible de créer une ‘toile d’araignée’ de sensibilisation en attendant que le gouvernement réagisse et se décide à construire des écoles en suffisance pour que tous les enfants soient alphabétisés.

Et puis, en juin 2009, je suis invitée à l’Ecole de la Citoyenneté pour présenter l’association Action Sénégal, l’ensemble des projets et plus particulièrement, un des projets 2009-2010 en faveur des enfants talibés.

J’observe une assemblée à l’écoute, intéresssée, émue, révoltée... Ils me regardent tous avec des yeux grands comme ça ! Dans cette assemblée : deux hommes plus que motivés, Daniel et Guy ... Une belle rencontre !

Deux jours plus tard, un appel téléphonique et une proposition de Daniel BARBEZ : La création d’un Kamishibaï, autre outil de sensibilisation ! Quelle bonne idée !

VOICI LA PETITE HISTOIRE DE DANIEL : NOTRE RENCONTRE EN JUIN 2009.

C’est un vendredi soir. Sur l’écran de l’incontournable Thalassa vient une image. De loin, de très loin : du Sénégal. Je ne sais même pas où situer ce pays sur la carte d’Afrique. En haut à gauche ? un peu plus bas à droite ? Vraiment, je ne sais pas.

Ce soir-là quelque chose se passe. La télé déraille. En lieu et place des bateaux, des voiles, des ports, des îles de rêve et des plages de réalité. Je vois des gourbis infâmes, des enfants entassés dans le néant d’une vie anéantie. Là-bas, il est cinq heures du matin, l’enfant noir a les yeux bouffis de sommeil et de chagrin. Il tente de répéter sa sourate, ces mots étranges qui sont écrits sur un bout de bois et qui se lisent de droite à gauche (de l’avenir vers le passé). Langue étrange, étrangère. L’enfant ne comprend pas. Langue étrange, étrangère, langue d’un dieu qui ne comprend pas les larmes des enfants. Parce que l’enfant ânonne sa leçon les yeux remplis de larmes et de fatigue, forcément qu’il se trompe. Comment pourrait-il en être autrement ? Et d’ailleurs, a-t-il seulement bu et mangé cet enfant ? Au moment de l’arracher à son sommeil quelqu’un a-t-il pensé ne fusse qu’une seconde que cet enfant a faim et tombe de fatigue ? Non, bien sûr. Et d’ailleurs pourquoi ferait-on cela ? Forcément que l’enfant s’emmêle la langue dans cette bouillie de mots improbables qu’on s’obstine à lui faire remâcher, faute de nourriture.

Devant l’enfant, il y a un grand dadais avachi dans un fauteuil « club » qui a connu la colonie française. Un grand pseudo : pseudo-marabout, pseudo-maître, un pseudo-humain, un vrai tortionnaire, avec un vrai fouet et une vraie méchanceté tranquille. L’enfant bafouille. Le fouet single. L’enfant sursaute et pleure... et reprend. Et forcément qu’il se trompe l’enfant : dieu ne comprend pas les larmes, il n’y a que le juste mot de la très juste sourate qui plaise aux oreilles divines. Alors, forcément que le fouet blesse encore et toujours l’enfant...

Désespoir. Ce vendredi soir-là, l’écran de la télé est plein de désespoir. Je vais au lit avec le désespoir, je tarde à m’endormir avec le désespoir et je me lève avec le désespoir. Comment ? Que faire ?

C’est quelques mois plus loin, un vendredi soir, à l’Ecole de la Citoyenneté. Michèle a invité Marie-Pierre. Je vois cette femme au regard qui ne cille jamais, cette femme qui vous regarde bien en face et vous balance la vérité toute crue. Elle porte un gris-gris. Sur le gris-gris, il y a un coquillage, plus exactement une porcelaine. Dans ses cheveux aussi, il y a des porcelaines. J’écoute Marie-Pierre et peu à peu le désespoir et l’enfant reviennent dans mon esprit. L’enfant tombe toujours de fatigue, de saleté et de mauvais traitement ; de pustules, et de plaies et de faim...

Comment pourrait-on, par deux fois, regarder cet enfant sans même bouger le petit doigt ? Deux fois sur mon chemin, pourquoi ?

La conversation s’anime autour de la grande table. On pose des questions, certains déjà s’engagent. Pour la deuxième fois, cet enfant est sur ma route. Pourquoi ? C’est si loin le Sénégal. Pourquoi faut-il que je fasse des rencontres sur les chemins du Sénégal ? Je ne sais pas. Je ne sais ni quoi ni comment faire. Je me surprends à déclarer :
- Peut-être qu’avec une histoire, un petit conte tout simple et tout plein de vérité, on pourrait... Néné-Marie-Pierre-gris-gris-coquillages me regarde. Encore ces yeux comme des questions. J’improvise :
- Peut-être qu’avec une bonne et simple histoire et un petit théâtre de bois (un kamishibaï), on pourrait faire parvenir des paroles de vérité jusqu’à ces parents qui se laissent séduire, qui se laissent embobiner par les discours des pseudo-hommes qui se nourrissent du véritable désespoir du monde.

Je viens de trouver la réponse à mes pourquoi. Voilà, c’est dit. Ce kamishibaï, on le fera. Avec les amis de là-bas, on écrira l’histoire dans la langue de là-bas. Les conteurs la porteront au plus près des pauvres gens des villages perdus. Ils raconteront « l’histoire de OUSSEYNOU et ASSANE qui partirent vers la grande ville » et les gens écouteront. Et les images que nous mettrons sur cette histoire parleront, elles aussi, aux pères et aux mères qui regarderont de tous leurs yeux vers l’avenir de leurs enfants. Et, si l’idée fait son chemin, nous ferons beaucoup de petits théâtres, cent, mille s’il le faut. Et surtout - si l’idée fait son chemin - la source de ce fleuve épouvantable de misère qui descend de la campagne désertifiée vers la ville, la source de ce fleuve de désespoir se tarira. Enfin. Daniel B.

*********

ET DONC, EN NEUF MOIS, LE PROJET S’EST CONSTRUIT PETIT A PETIT, LE BEBE EST NE !

> Je mets Daniel en relation ( par internet ) avec Youssou de St Louis, ancien talibé... pour s’imprégner, comprendre les coutumes, la vie quotidienne, les traditions...

> Plusieurs versions de l’histoire d’Ousseynou et d’Assane ont été imaginées par Daniel : une très longue, une moins longue, une courte ...On corrige, on élimine des parties de chapitre, on souligne les mots qui ne peuvent pas être traduits en wolof et en poular...

> Daniel se replonge dans l’histoire ...ou plutôt, il n’en sort jamais ! son souhait est que cet outil de sensibilisation puisse sauver au moins 1 enfant !

> Il imprime un premier livre ...

> Avec Martine/Penda, on décide de rajouter aux illustrations des photos " chocs " , sur les conseils d’un médecin chef de district du Fouta.

> Daniel crée un nouveau livre illustré par des magnifiques croquis de Fred et par des photos. Nous sommes émerveillées, Martine et moi, face à son travail. On recorrige avec l’aide de Jasmine aussi. Cet outil magnifique sera destiné aux écoles secondaires du Sénégal pour les cours de français-vocabulaire afin de sensibiliser les ados qui sont des futurs parents aussi !

> Daniel crée ensuite un prototype de kamishibaï. il a fallu penser au transport en avion pour la confection du support de cet outil.

> On répète à la maison avec Martine et Waga ( Xavier Sourdeau )

C’EST EN AVRIL DERNIER QU’ UNE PREMIERE SENSIBILISATION A L’AIDE DU KAMISHIBAÏ A EU LIEU DANS LE FOUTA ET NOTAMMENT A THIENEL.

> Tout d’abord, une répétition entre nous ( les membres d’Action Sénégal et Diaw, le directeur de l’école du village pour les traductions en poular ) a permis de tout mettre au point.

> Ensuite, nous avions proposé un premier essai avec les responsables du village afin qu’ils nous donnent leurs critiques. Nous leur avons expliqué préalablement que nous n’étions pas du tout contre la religion musulmane mais qu’au cours de nos actions à travers le pays, nous avions constaté que tous les marabouts n’étaient pas tous des vrais marabouts et que certains manipulent les parents analphabètes pour emmener leurs enfants dans les grandes villes, les exploitaient pour s’enrichir et que tous les enfants n’étaient pas bien traités.

> Tout le village a été invité pour la sensibilisation : les enfants, les adolescents, les parents, les grands-parents... Tous étaient concentrés et intéressés pendant l’histoire racontée et traduite avec les illustrations et photos qui défilent... Un petit débat enrichissant a suivi. Des enfants ont témoigné de leur vécu face à leurs parents. La population a bien compris que les enfants peuvent très bien apprendre la religion dans leur village.

> Au retour, une petite réunion est organisée avec Daniel pour donner les points positifs et négatifs de ce projet !

Quelques moments d’émotion lorsque Daniel apprend que TOUT le village a été sensibilisé et que bien plus d’un enfant sera sauvé ! Petit clin d’oeil : Martine/Penda et moi lui avons offert la grosse montre en or du méchant marabout !

Action Sénégal a reçu les félicitations du chef du village et de toute la population pour cette excellente initiative.

La mise sur pied d’une grande campagne de sensibilisation à travers la brousse permettra de sauver bien plus qu’un enfant, Daniel !

Merci Daniel Et un merci à Ghislaine aussi pour son soutien auprès de son mari !

Néné

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