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Quand le témoignage d’un ancien talibé " martyr " ( Kim ) débouche sur la rencontre d’un artiste peintre sénégalais ( Kambel Dieng ) ....

samedi 3 septembre 2011, par Marie-Pierre Decocq - Néné Camara

Au fil des rencontres au Sénégal, lors de la présentation des projets d’Action Sénégal sur le terrain, je sympathise avec Kim Ousmane qui me raconte son histoire :

Kim Ousmane - Né le 14 Juin 1974 - orphelin de naissance Ma mère est décédée en me mettant au monde et trois ans plus tard, mon père succombe dans un accident de voiture sur la route de Kaolack en rentrant d’une campagne électorale. C’est ainsi que ma tante m’a reccueilli en adoption chez elle. Trop petit pour comprendre, j’ai toujours cru qu’elle était ma propre mère. Un peu plus tard, ma tante m’envoie dans un daara à keur madjabel dans la région du Siné Saloum. Malgré mon très jeune âge, le " marabout " m’obligeait à apprendre les versets du Coran le matin, m’envoyait au champs pour ramasser le bois pour le feu et l’après-midi, il nous envoyait en ville pour mendier en exigeant à chacun de nous une somme d’argent qui variait selon l’âge de l’enfant. Si nous ne ramenions pas l’argent demandé, on ne pouvait retourner au daara sous peine de bastonnade ! Nous n’étions pas au même rang d’égalité que ses propres fils. Je me souviens qu’une année plus tard, un matin d’hivernage, le " marabout " m’a chargé de nettoyer un enclos de poulailler. J’ai travaillé toute la journée sans manger. Au retour, il m’envoie directement en ville pour mendier mais vu l’heure tardive, je n’ai pas pu récolter le versement souhaité du jour. Quand je suis rentré, il m’a tellement battu que j’ai refusé la tâche du lendemain. IL m’a attaché en CARCAN pendant 24H ( carcan : collier de fer qui permet d’attacher quelqu’un à un poteau d’exposition ) et m’a roué de coups de baton et de fil électrique ; les coups étaient interminables , j’en ai gardé de nombreuses cicatrices sur tout le corps. Mon dos est rempli de traces de bastonnades. Depuis ce jour, j’avais le projet de retourner chez ma tante qui je pensais bien, n’était pas ma propre mère mais j’avais très peur qu’elle me renvoie dans le daara puisqu’elle ne pouvait s’imaginer à quel point j’étais maltraité. J’ai beaucoup souffert, les punitions étaient très dures. comme punition, On devait aussi s’accroupir avec le baton derrière les genous, puis on devait placer les bras en dessous du baton qui étaient liés derrière le cou pendant plusieurs jours.

Six mois plus tard, avec 5 amis talibés plus âgés que moi , lorsque nous partions mendier, nous avons réussi à faire des économies pour pouvoir prendre un taxi jusque M’bour afin de travailler dans la manutention et le nettoyage. Nous avons travaillé à M’Bour pendant 8 mois. A la mort d’un de mes amis talibés par une infection alimentaire et manque de soins, hanté par les mauvais traitements, la peur nous a fait fuir vers Dakar, dans les rues de Dakar, particulièrement dans un marché. Ayant très peur de retourner à la maison puisqu’on allait me renvoyer dans le daara, je passais les nuits dans les rues de la capitale jusqu’au jour où j’ai rencontré Barbara, ma mère adoptive qui travaillait à l’ambassade d’Allemagne. Elle habitait non loin de ma planque, avait pitié de moi et m’estimait beaucoup. Chaque matin, elle me donnait ma nourriture du jour. Un matin, Barbara me propose d’aller chez elle pour prendre une douche et me donner des vêtements. Deux jours plus tard, elle me propose de me reconduire chez ma tante , j’ai eu très très peur et j’ai quitté le quartier pour aller à la gare routière. Barbara , inquiète, a entamé des recherches pour me retrouver. Le jour où elle m’a retrouvé, elle m’a emmené chez elle pour vivre dans sa maison. Elle m’emmenait en balade, m’a appris à lire et à écrire petit à petit. Chez elle, il y avait plein de tableaux, des sculptures, des objets d’Art... c’était le décor de ma vie chez elle et cela me rendait joyeux. j’ai visité beaucoup d’ateliers d’art avec Barbara qui m’a fait aussi découvrir la musique. Un jour, Barbara m’a emmené sur l’île de Gorée où j’ai rencontré l’artiste peintre KAMBEL DIENG qui me donne le feu vert pour travailler dans son atelier. Barbara était à la fin de son contrat et je suis donc resté à Gorée avec Kambel où j’ai aussi travaillé comme guide.

Actuellement, je continue à travailler avec Kambel. En septembre 2011, nous partons en France/Belgique/Norvège pour des expositions de peinture et rencontrer les membres d’Action Sénégal et les amis de Néné.

Kim - Ousmane

Une belle rencontre aussi avec KAMBEL DIENG : Kambel est un homme calme et discret. Sa générosité se retrouve dans sa peinture

Kambel Dieng : l’art comme thérapie

Né le 4 septembre 1953 à Kaolack (Sénégal), d’un père juriste et d’une mère artiste, il peint depuis son enfance. Il a comme maître Bocar Pathe Diongue, artiste peintre sénégalais, professeur des beaux arts à Dakar (aujourd’hui décédé). Après des études brillantes (capacité en droit), il décide de se consacrer entièrement à son art. “Ma toile est thérapeutique, elle donne une humeur à une pièce, elle guérit.“

Il épouse Léopoldine Varéla le 9 janvier 1996 à Dakar dont il aura une fille, Safiétou le 11 juillet 1998. Kambel DIENG est artiste peintre, sculpteur autodidacte influencé par une mère artiste qui faisait de la teinture et tissage de perles. Bocar Pathé Diongue l’a aussi orienté dans ses premières constructions plastiques.

Sa philosophie :

Il exprime dans ses tableaux tant abstraits que figuratifs, son « Africanité », celle profondément ancrée en lui et estime ne pas être barricadé dans un style.

« Une sensation originale, l’art a une valeur sentimentale. Je cherche à ce que ma toile soit thérapeutique, elle doit donner une humeur à une pièce, ce qui est toujours favorable à une guérison de l’âme et de l’esprit ».

Il utilise souvent des matériaux qui sont symboliques en Afrique (gris-gris, cauris, cornes... ) qui confèrent une dimension surréelle ( offrande, sacrifice, séances d’exorcisme ) et permet la transposition de l’âme vers l’objet et c’est la construction de ces objets, scènes inspirées d’une autre réalité, qui est thérapeutique chez l’Africain. Il travaille aujourd’hui une technique traditionnelle, le « thioub », teinture naturelle, alliée à la cire froide ; des pigments naturels comme le henné, l’indigo, mais aussi les oignons, le cactus ou la cola évoquant une certaine tradition mais encore moins nocifs pour la santé .

Son inspiration

« Mes sources d’inspiration sont le quotidien, ma famille, mon entourage et aussi et surtout Gorée où je suis installé depuis les années 80 ». Aujourd’hui encore, celui qui a fini de réveiller et de révéler le talent artistique de sa femme, Marthe Valera, venue à la peinture en 97 n’hésite pas à encadrer la jeune génération et regrette le temps où les artistes avaient le soutien du président Senghor. « Il faut qu’on aide les jeunes dans ce sens car l’art représente un bon moyen d’épanouissement de lutter contre l’oisiveté mère de toutes les vices. »

Quelques Expos : Longue marche vers la liberté avec Marthe Valera Dieng Le paganisme Biennale des arts de Dakar Relais de l’Espadon ( Université des Mutants) Hôtel Cap Ouest virage Hôtel La Madrague Galerie Kemboury Expos Internationales : France, Suisse, Hollande, Martinique

Super belles rencontres intéressantes et enrichissantes ! Néné

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