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JUIN 2015 : " MERCI à toute l’ASBL Action Sénégal d’avoir fait de mon expérience une totale réussite ! " Bérénice Athia

" La chaleur écrasante, le manque d’eau, l’absence d’électricité, les ressources rares, la mendicité… Même si on le sait, on le voit à la télé ou dans les livres, on a besoin de le vivre pour réaliser la chance que l’on a, ici en Europe "

vendredi 19 juin 2015, par Marie-Pierre Decocq - Néné Camara

Le 22 avril, je prends l’avion jusque Dakar, ultra-chargée de mes 56 kg de bagages : 56 kg d’effets personnels, de vêtements et de livres pour les Talibés, de matériel de bricolage et surtout… de motivation ! C’est parti pour 50 jours au Sénégal, Samba j’arrive ! Je débute avec la meilleure immersion possible : 10 jours dans le Fouta, dans le village de Thienel. On m’avait parlé de chaleur, certes il fait 50 °C à l’ombre, mais je ne pouvais m’imaginer la chaleur de l’hospitalité de Thienel. La gentillesse de tous les villageois et de la famille Sall me séduit immédiatement. On supporte beaucoup mieux la poussière et le soleil avec de tels sourires d’enfants ! Ma mission fut d’aider à l’école, pour alléger la charge de travail de Diaw et Fall durant cette période d’évaluation. Chaque jour, un groupe d’élèves est dispensé de contrôle pour aller faire des activités avec Athia. Les jeunes comprennent et parlent le français ce qui élargit considérablement le champ des possibilités : jeux, chansons, dessins, bricolages divers… De chouettes échanges avec les petits comme avec les grands. Lorsque je n’animais pas les écoliers, on organisait des activités avec la tribu d’enfants de la famille Sall ! Dix jours inoubliables, en pleine immersion dans la brousse, qui permettent de comprendre les vraies valeurs de la vie et toutes les difficultés que ce peuple rencontre : sécheresse, récoltes insuffisantes, inconfort de la chaleur, pas d’électricité, distance avec la ville, etc. De nombreux facteurs qui rendent le travail long et périlleux. Samba et moi avons dû nous armer de patience pour nous habituer au rythme africain, au manque de vision à long terme des villageois et surtout à la barrière de la langue avec la plupart d’entre eux. Je suis repartie le cœur serré et ai du retenir mes larmes en quittant les villageois et les enfants, les abandonnant presque, tout là bas, et en espérant pouvoir les retrouver un jour. Retrouver Saint Louis, c’est d’abord retrouver la fraîcheur de son climat ! Un soleil bien plus agréable que celui du Fouta. Thiam, le gérant du centre, nous accueille à bras ouverts et est over-motivé pour entamer les travaux de peinture du centre. On anticipe, on nettoie et on peint ! Ça nous change du rythme de Thienel ! Pendant que Samba et Thiam rafraîchissent l’entièreté du rez-de-chaussée du centre, je visite différents daaras avec Souleymane et Mamadou, les deux éducateurs. Bien qu’ayant eu de nombreux échos des anciens bénévoles, je ne savais pas à quoi m’attendre dans les daaras. Effectivement, le constat est alarmant. Les daaras que nous visitons jour après jour sont quasiment tous dans un état lamentable : sol de sable, pas d’eau, pas de toilette, chambres extrêmement petites, saleté et puanteur. Difficile de concevoir que tous ces petits bouts – j’ai été choquée de voir le très jeune âge de certains faux talibés, 5-6 ans tout au plus – vivent là, entassés, à longueur d’année !! Et de voir les grands faux Talibés qui les oppriment à la menace du fouet !! Et pourtant, je crois n’avoir rien vu : la présence de « visiteurs » influençant leurs comportements. Quelle indignation de les voir pieds nus, dès 6h du matin, et ce, jusqu’au coucher du soleil, mendier dans la rue, fouiller les poubelles et dormir sur un bout de trottoir. Je prends sur moi et essaye de leur décrocher un sourire à coup de clins d’oeil et grimaces discrètes. Me voilà infirmière à soigner des bobos : coupures, gale, mauvaises cicatrisations, plaies infectées, etc. ce n’est pas joli-joli !! Je suis impressionnée par la robustesse des enfants, ne se plaignant pas et supportant la douleur les dents serrées. Je réalise que ces jeunes de moins de 10 ans, ont, dans la rue, vécu et survécu à tellement plus que moi, du haut de mes 25 ans. Des guerriers !! À moins que … je soigne un jour un très petit garçon d’une coupure à la main. Très apeuré, le petit pleure des larmes de crocodile pendant le soin et surtout longtemps après, très longtemps, trop longtemps… Comme si toute la frustration et la tristesse accumulées avaient enfin trouvé une « raison valable » de sortir. Des larmes à m’en crever le cœur…

Du côté du centre, la peinture est du plus bel effet dans les locaux. Place à la décoration ! J’invite plusieurs groupes de faux Talibés à me montrer leurs talents d’artistes : fresques, banderoles, serpentins et plein d’autres décos pour que le centre leur ressemble encore un peu plus. Très appliqués et créatifs, les jeunes font des merveilles ! Bien que la barrière de la langue pèse beaucoup, j’essaye d’échanger un maximum avec les enfants. Stars d’un jour, ils posent fièrement sur mes photos. Le summum fut sans conteste le jour du grand goûter. Des dizaines et dizaines de jeunes accourant en nombre dans la direction du centre, se poussant et se bousculant à l’entrée, courant dans les escaliers…pour un morceau de pain ! Ça y est, près de 200 enfants sont rassemblés dans la grande salle. Un nombre impressionnant… quand on sait que ce n’est qu’une toute petite fraction de la totalité des enfants qui mendient chaque jour dans les rues de Pikine. Quel plaisir de voir leurs sourires quand Souleymane chante avec le groupe ! J’ai remarqué une fracture entre avant et après le goûter : les enfants nous reconnaissaient tous en rue et les rapports étaient complètement différents. De Toubabs nous étions devenus des copains, avec qui on peut rigoler et jouer. Du coup, je suis frustrée que le goûter n’est pas eu lieu plus tôt ! On ne peut pas offrir grand-chose aux faux Talibés… un peu de réconfort, des soins, des bricolages, un goûter… Mais la plus belle récompense est de leur décrocher un sourire.

Enfin, nos 10 jours de mission de sensibilisation furent ultra-enrichissants. J’ai beaucoup appris des échanges et conversations avec la population, tant à Kaolack qu’à Tambacounda. Le fléau des faux Talibés est dépendant de tellement de facteurs. Les responsabilités sont partagées. Les valeurs de l’Islam, le poids des traditions, l’immobilisme de l’État, la naïveté des parents, l’imposture des faux marabouts, la fracture entre la ville et la brousse, etc. tant d’aspects à critiquer constructivement et remettre en question, avec les villageois, et entre-nous, pour pouvoir cerner le problème dans sa globalité. Les échanges furent extrêmement constructifs. Tous sont conscients du problème, mais nous font bien comprendre que le chemin reste long pour améliorer la situation et anéantir le fléau des faux marabouts et faux talibés. Comme nous la dit le chef du village de MBadiene, dans la région de Kaolack, « qu’il soit juif, chrétien, musulman, un enfant reste un enfant ! Cet enfant a droit à l’éducation et à la protection ». Je me sens grandie après cette mission, j’ai parcouru le Sénégal, découvert d’autres villes et appris à connaître les Sénégalais encore un peu plus. J’ai l’impression de mieux cerner les valeurs musulmanes et leurs traditions, ce qui me permet de mieux comprendre le monde qui m’entoure.

Ces 50 jours au Sénégal furent bien trop courts ! Mais suffisamment longs pour m’immerger dans la culture sénégalaise et son rythme de vie. Vivre dans les mêmes conditions que les Sénégalais est une belle leçon de vie. La chaleur écrasante, le manque d’eau, l’absence d’électricité, les ressources rares, la mendicité… Même si on le sait, on le voit à la télé ou dans les livres, on a besoin de le vivre pour réaliser la chance que l’on a, ici en Europe. J’ai énormément appris, sur le monde et sur moi-même. Il y aura un avant et un après. Le Sénégal a tellement à offrir ! L’hospitalité, la solidarité familiale, la gentillesse et surtout les sourires et la bonne humeur ! Je souhaite à tout le monde de pouvoir vivre cette expérience à son tour ! Merci à Samba, Néné/Marie-Pierre, Moussa, Souleymane, Mamadou, Thiam, Fall, Diaw, Hawa, Athia et toute la famille Sall, Adama Fall, Mama Nancy/ maman de Zabou, Adama Camara, Sidy Traoré et à toute l’ASBL Action Sénégal d’avoir fait de mon expérience une totale réussite ! Le cœur serré pour tous les faux Talibés dont j’ai croisé le chemin… et les milliers d’autres. Bérénice Vanneste - Athia

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