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Juillet-Août 2008 : Une expérience exceptionnelle pour Nathalie

dimanche 21 septembre 2008, par Marie-Pierre Decocq - Néné Camara

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Les petits bouts... certains n’ont pas l’air d’avoir plus de cinq ans

Sénégal juillet 2008 Thienel - Centre AED (SOR-PIKINE)

Quelle expérience exceptionnelle au Sénégal. Un réel retour aux sources ainsi que la découverte de nouveaux horizons.

Première étape : Thienel (mieux connu sous le nom de "Village du Bout du Monde").

Ces quelques jours m’ont permis de faire connaissance avec une population isolée. Quand on pense que dans notre société, nous cherchons toujours à partir en voyage le plus loin possible, pour certains des enfants de Thienel, le plus long voyage qu’ils aient fait est de rejoindre la "ville" voisine en charrette ( ou baché ) et en pirogue ( ou bac ), en traversant 2 fleuves.

Petite remarque paradoxale : pas d’eau courante et pas d’électricité sauf sur le dispensaire et l’école ( panneaux solaires d’action ASBL placés par Ben et Arthur ), mais le réseau gsm fonctionne impeccablement bien grâce à ’Orange ’ qui s’implante partout.

Marie-Pierre, Manon, Mélanie, Sarah, Pauline, Julie et moi avons été accueillies par Athia, la matrone de Thienel. Quel accueil chaleureux !

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Ahtia nous prépare des plats à base de riz et oignons

En ce qui concerne l’adaptation au climat, je peux dire que j’ai bien cru que j’allais mourir de chaud la première nuit. A terre et avec la moustiquaire, je vous assure qu’il n’y a pas le moindre air qui vient effleurer notre peau ! Mais visiblement, on s’y habitue assez rapidement. Les nuits suivantes furent déjà bien plus agréables.

A Thienel, nous avons rejoint Nico et Sylvie qui étaient dans le village depuis déjà 1 mois et demi. Nous les avons aidés à terminer les travaux de la classe. Super travail qui a été commencé par Anne-Philippe et Quentin, et achevé par Nico et Sylvie. Malgré le fait que le maçon leur ait mené la vie dure, le résultat est splendide : 2 tableaux noirs, une armoire, une superbe carte du Sénégal peinte par Nico, l’alphabet et les formes géométriques. Je crois qu’aucun de nous avons eu une aussi belle classe en Belgique... !

Deuxième étape : Sor - Pikine .

Une fois la classe terminée, Julie, Nico, Sylvie et moi avons quitté Marie-Pierre et les 4 filles qui partaient pour des actions ASBL au Mali ; nous sommes partis pour Sor-Pikine (St Louis), ses daaras (écoles coraniques) et le centre AED tout en restant en contact permanent avec Marie-Pierre pour notre mission.

Au centre AED, nous avons travaillé avec les enfants du quartier et les enfants talibés. Phénomène très peu connu dans nos régions occidentales où le luxe et l’aisance de vie sont souvent plus importants que le reste. Il faut dire qu’à la base, ce phénomène n’est pas négatif. Seulement, il a été perverti par l’exode rural qu’a connu le Sénégal. Dans les daaras (écoles coraniques) certains enfants sont externes, cela veut dire qu’ils rentrent tous les midis et tous les soirs chez leurs parents. Par contre, des dizaines de milliers d’ enfants ont été envoyés en ville par leurs parents, depuis des villages éloignés comme Thienel afin d’avoir un enseignement. C’est là que les choses deviennent plus difficiles pour ces enfants. Bien souvent, ces enfants passent quelques heures par jour à réciter des vers du Coran. Le reste du temps, ils le passent dans les rues pour trouver de l’argent pour le marabout et de quoi manger. Les conditions matérielles déplorables sont la première chose qui m’ont frappées en rencontrant les talibés et en découvrant leur milieu de vie. Mais lorsqu’on creuse un peu plus loin, on se rend compte de l’étendue de ce phénomène : il est ancré dans la culture sénégalaise. Toutefois, de plus en plus de sénégalais semblent sensibles à ce phénomène, eux-mêmes apportent de l’aide aux petits talibés en leur offrant par exemple de la nourriture.

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Ces petits talibés attendent les restants de nourriture devant cette maison

Au cours des réunions à Thienel, Marie-Pierre a fait une séance d’informations sur la problématique des talibés pour sensibiliser la population et les inciter à garder leurs enfants dans les villages. Son objectif est d’informer la population de la brousse de ce fléau afin de les dissuader d’envoyer leurs enfants dans les daaras des villes très éloignées de chez eux. Là où elle ira, elle fera passer le message !

Un des points importants du travail au centre consiste à offrir des soins aux enfants. Est-il nécessaire de préciser le manque de matériel et d’hygiène dans la salle des soins ? Heureusement que Julie (infirmière) était présente pour aider Touba, l’infirmier le plus motivé du monde (ne rien faire, il ne connaît pas) !

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En route pour donner les soins aux enfants talibés dans les daaras....

La plupart des soins qui étaient donnés aux talibés concernaient la gale ou des blessures encourues en jouant pieds nus dans la rue et qui s’infectent suite à une mauvaise hygiène. D’ailleurs, la gale est tellement présente chez ces enfants, que l’expression "je n’ai pas la gale" prend une toute autre dimension lorsqu’on travaille avec les enfants talibés.

Il y a un grand paradoxe dans l’efficacité du centre : à la fois il permet aux enfants de se soigner, d’apprendre les bases de l’hygiène, d’y passer du bon temps comme des enfants "insouciants" (dans la mesure du possible). Toutefois, l’existence d’un tel centre ne favorise pas l’amélioration des conditions de vie dans les daaras mêmes. Il me semble que des centres comme le centre AED ont toute leur raison d’exister mais qu’il est également important de travailler directement avec les marabouts. Malheureusement, à ce niveau-là, les choses sont bien compliquées puisque peu de marabouts acceptent d’ouvrir leurs portes à des personnes extérieures. Quelques centres avec peu de moyens ne suffisent malheureusement pas à améliorer l’ensemble de la qualité de vie des enfants. Il faudrait que le gouvernement aussi s’implique activement dans cette cause.

En tant qu’étudiante en psychologie, j’aurais aimé pouvoir discuter plus souvent avec les talibés afin qu’ils puissent faire part de leurs difficultés. Malheureusement, ces enfants n’ont jamais appris à s’asseoir pour discuter. Peut-être ne préfèrent-ils pas penser à leur vie et préfèrent-ils rester dans l’action afin de ne pas s’arrêter sur leur misère. De plus, pour la plupart de ces enfants, la vie, c’est ça. Ils ne connaissent rien d’autre.

Papa Anne, fils de Souleymane m’a demandé de discuter avec un jeune en particulier. Le contexte des entretiens est fort différent de chez nous. Un point essentiel étant qu’il est impossible de se retrouver seuls pour discuter calmement. On est tout le temps interrompus par un va et vient continu. J’ai donc, tant bien que mal, essayé de créer une relation de confiance avec ce jeune, lors de la préparation du thé par exemple.

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Le thé...

J’aurais également aimé aider beaucoup plus à la réinsertion des enfants dans leur famille. Toutefois, on est à nouveau confronté au manque de moyens et aux croyances des parents par rapport aux daaras. J’aimerais illustrer mes propos par un exemple : Papa Anne avait accueilli chez lui un talibé qui avait déjà fui plusieurs fois de son daara. L’enfant n’osait ou ne voulait pas y retourner mais préférait vivre dans la rue avec ses amis. Papa a essayé de retrouver sa famille. Cela prend du temps de savoir de quel village l’enfant vient, de trouver un contact dans ce village afin d’entrer en contact avec les parents. Ensuite, il faut les moyens pour conduire l’enfant dans son village. Une fois l’enfant dans le village, encore faut-il que les parents l’acceptent et que l’enfant (qui est habitué à vivre dans la rue) ne s’encoure pas. A nouveau, il faut des moyens et des contacts pour pouvoir assurer le suivi de ce retour en famille...

J’ai joué avec ces enfants talibés (et parfois avec l’aide d’un interprète wolof). J’ai été impressionnée par leur capacité à avoir appris à compter seuls. Et quel plaisir de voir leur motivation et leur joie sur leur visage lorsqu’ils peuvent oublier, l’espace d’un instant, leur vie dans la rue. J’ai été émue par l’expression sur leur visage lors de ces moments de joie. Un sourire aux lèvres mais le regard terne qui nous rappelle la dure réalité de leur vie qu’ils ont hors des murs du centre.
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Dans un des 500 daaras de Sor-Pikine > Dans cette pièce vivent un peu plus de 100 talibés

Lors du goûter du vendredi, Touba installe les enfants par tranche d’âge. Chaque semaine, j’étais bouleversée de voir des petits qui n’ont pas l’air d’avoir plus de cinq ans. Si petits, si fragiles, si vulnérables mais qui ont déjà vécu tellement et qui parviennent à montrer un sourire parfois timide, parfois amusé.

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préparation du pain au choco
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Distribution du pain au choco par julie

Ce sont souvent les mêmes enfants qui viennent au centre. Après seulement quelques heures passées au centre, les enfants nous reconnaissent en rue et nous disent bonjour. Même si nous ne parlons pas la même langue, le regard et le sourire restent un langage universel...

Le centre travaille avec certains daaras et marabouts en particulier. Lorsque Marie-Pierre est allée en visite dans le daara de Mansour Khouma en mars 08, un enfant désespéré du daara a demandé de l’aide pour construire des sanitaires dignes de ce nom. Grâce à l’ASBL et au travail du super maçon Demba, les enfants de ce daara ont enfin accès à des sanitaires convenables depuis fin juillet. Pendant la mission de Marie-Pierre et les 4 filles au Mali, Julie et moi avons pu superviser ces travaux financés par Action Sénégal.

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Début des travaux dans le daara de Mansour Khouma : construction d’une latrine et d’un espace "douche"
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préparation des chambranles des deux portes

Je suis contente d’avoir appris à connaître ce phénomène des enfants talibés (même si, je dois l’avouer, je ne crois pas avoir encore tout compris, puisque ce phénomène est tellement complexe). Je ne pense pas que le but soit d’abolir les daaras mais de travailler en collaboration avec le gouvernement, les marabouts et les parents afin que les conditions de vie des enfants soient acceptables.

Je suis impatiente de voir les avancées de la construction du nouveau centre ainsi que le résultat final de la fresque sur l’hygiène.

Même s’il est évident que ce n’était pas facile tous les jours (différence culturelle, climat, pauvreté), je suis vraiment heureuse d’avoir pu bénéficier d’une telle expérience enrichissante.

Merci à tous !!

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L’équipe de juillet/août 08

Nathalie V.

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